Le droit universel à un cadre de travail décent
Afin d’accélérer la transformation de notre système alimentaire et d’instaurer une véritable politique de relocalisation alimentaire, un soutien global, non seulement sur l’ensemble de la chaîne de valeurs (du semencier au consommateur final), mais aussi de manière transversale à différents secteurs, est essentiel.
Une telle approche s’avère, en effet, indispensable pour faire face aux coûts cachés du système alimentaire, lesquels impactent différents domaines : la santé humaine (50%), l’environnement (~30%) et l’économie (~20%). Des études scientifiques1 récentes ont, en outre, mis en lumière que des pratiques telles que l’utilisation d’engrais azotés et de pesticides ou la consommation d’aliments ultra-transformés contribuent significativement à ces coûts cachés. Autant de pratiques liées au modèle agro-industriel mondialisé, favorisant la mise en concurrence de systèmes productifs aux normes environnementales et sociales inégales.
La prise en compte des coûts cachés doublerait le prix de notre alimentation. L’on comprend dès lors aisément qu’un des principaux obstacles à la transition alimentaire réside dans le prix de l’alimentation industrielle, maintenu artificiellement à bas niveau et faussant ainsi le concept de « valeur alimentaire ». Une taxation différenciée en fonction des externalités positives ou négatives pourrait être envisagée, même si les leviers principaux se situent au niveau fédéral et européen.
Les pouvoirs publics doivent également garantir une réelle relocalisation de notre alimentation par leur investissement en matière d’infrastructures et de soutien aux producteurs locaux.
Le CPA préconise l’établissement d’une politique alimentaire globale, intégrée et durable en Wallonie, et ce, aux différents niveaux d’intervention des pouvoirs publics, du niveau régional ou niveau local.
Voici nos propositions concrètes en ce sens :
1. Un·e ministre est chargé(e) de cette politique publique fondamentale au sein du gouvernement régional
2. Une cellule interdépartementale « Politique Alimentaire » est créée au sein du SPW
Celle-ci serait dotée de compétences transversales en matière de santé, d’environnement, d’agriculture, d’économie et d’aide sociale. Cet organe tiendrait compte des dépenses publiques, de la fiscalité, des coûts cachés, des allocations budgétaires et des effets retours afin de développer une politique préventive et de réorienter les budgets de l’un (exemple : santé) au profit d’un autre (exemple : environnement ou agriculture).
3. Un membre au sein de chaque collège communal porte la compétence « politique alimentaire » et des référents « alimentation » sont désignée dans chaque commune, ainsi qu’au sein de l’Union des Villes et Communes et des agences de développement territorial (en l’occurrence, pour le territoire du CPA de Liège Métropole, SPI).
4. Une politique de financement structurelle et intégrée est instaurée pour mettre en œuvre la politique alimentaire régionale dans les territoires
Face à la multiplication et à la complexité croissante des appels à projets, les acteurs locaux réclament l’instauration d’une telle politique, basée sur une relation de confiance et de contractualisation avec les acteurs locaux ayant démontré tant leur professionnalisme que leur connaissance des réalités de leur territoire.
1 Michel Duru et Anthony Fardet, Les coûts cachés de l’alimentation, 6 juin 2022., op. cit.