La question alimentaire, fondamentale et universelle, transcende les limites géographiques et culturelles pour se poser comme un bien commun à l’humanité. L’alimentation est non seulement une nécessité biologique, mais également un pilier essentiel de l’identité, de la santé et du bien-être collectif.
Ces aspects sont interconnectés, comme l’illustre le concept One Health (« une seule santé »), qui met en lumière les liens entre santé humaine, des animaux et des écosystèmes. En adoptant une perspective systémique, le One Health vise à prévenir et à maîtriser les maladies, à assurer la sécurité alimentaire et à promouvoir la durabilité environnementale. Or, force est de constater que le système alimentaire actuel est défaillant et génère des dommages à ces trois niveaux.
Notre souveraineté alimentaire, mais également notre sécurité alimentaire, sont fortement menacées et reposent sur un système extrêmement volatile et incertain. La guerre en Ukraine ou la crise sanitaire nous en ont montré les signes. Nous vivons aujourd’hui davantage dans une situation d’insécurité alimentaire rythmée par les facteurs suivants :
- un accaparement des terres agricoles dont le prix ne cesse d’augmenter ;
- une précarité économique extrêmement préoccupante des acteurs de la filière alimentaire ;
- une précarité alimentaire d’une frange grandissante de la population ;
- un ralentissement de l’essor de la consommation de l’alimentation durable et en circuits courts.
Dans ce contexte, l’émergence de nouvelles idées, de projets innovants, offre des perspectives pour réinventer notre manière de produire, de distribuer et de consommer les aliments. Ces aspirations s’inscrivent pleinement dans la Stratégie « Manger Demain » de la Wallonie, soulignant l’importance de revenir à un système alimentaire plus soutenable, ancré sur le territoire, et résilient.
L’investissement des pouvoirs publics et le soutien financier aux acteurs de la transition alimentaire sont indispensables pour encourager ces changements, notamment dans le cadre des plans de relance wallon et européen. Au-delà de ces éléments, nous sommes à présent à un tournant où il nous semble essentiel que les politiques publiques considèrent les coûts cachés de notre alimentation, non encore pris en compte dans le prix de celle-ci. Selon plusieurs études concordantes, ces coûts cachés, s’ils étaient inclus dans le prix payé par les consommateurs, pourraient aller jusqu’à doubler le prix de la nourriture. Nous y reviendrons.
Aujourd’hui, nous appelons à une accélération choisie plutôt que subie de la transformation du système alimentaire et insistons sur le fait que cette responsabilité ne peut reposer uniquement sur les acteurs économiques ou les citoyens.
Dans ce contexte et au vu des enjeux, le présent mémorandum est élaboré comme un instrument de réflexion et de proposition. Il plaide en faveur d’une politique alimentaire locale qui soit innovante, résiliente et responsable, capable de répondre aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. C’est dans cet esprit que le CPA s’engage à explorer et à recommander des leviers d’action novateurs pour relever les défis actuels et à venir en lien avec notre système alimentaire.